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La crise exacerbe la question des droits humains

Quand se nourrir prend la priorité, l’éducation des enfants et les droits des femmes deviennent secondaires. Le Covid-19 a un effet dévastateur sur les petits cultivateurs et les travailleuses Fairtrade. La crise actuelle met par ailleurs en évidence l’importance des chaînes d’approvisionnement durables. Fairtrade Max Havelaar veut renforcer son engagement pour le respect des droits humains et la responsabilité des entreprises quant à leurs chaînes d’approvisionnement. Si les ventes de produits du commerce équitable avaient augmenté de 2,5 % en 2019, l’année 2020 s’annonce moins positive.

Des travailleuses de la ferme floricole Karen Roses au Kenya (Photo : Christoph Köstlin)

Dans les fermes floricoles d’Afrique, Fairtrade se concentrait jusqu’à récemment sur l’éducation, les droits des femmes et l’augmentation du salaire minimum. Dorénavant, c’est la faim qui est au cœur de ses préoccupations. Il y va de la survie de dizaines de milliers de personnes. En raison de la crise liée à la pandémie de Covid-19, les ventes ont chuté jusqu’à 90 %, et de nombreuses exploitations n’emploient plus que la moitié de leur personnel ou ont dû licencier. Néanmoins, la faillite les menace. Les travailleurs sont les plus durement touchés. Sans revenus, ils ne parviennent plus à nourrir leur famille, qui peut compter jusqu’à neuf personnes.

Les plantations de fleurs Fairtrade en Afrique et leurs quelque 59 000 employés illustrent parfaitement les effets dévastateurs du nouveau coronavirus dans les pays du Sud. Fairtrade a réagi sans attendre, dès le début de la crise, en assouplissant les lignes directrices relatives à l’utilisation de la prime. À présent, elle peut être entièrement employée pour fournir une aide d’urgence. Le système Fairtrade International a annoncé des mesures de sauvetage de l’ordre de 3 millions d'euros. Et Fairtrade Max Havelaar y contribue à hauteur de 360 000 francs.

Même si les magasins de fleurs en Suisse ont rouvert leurs portes, les professionnels du secteur vont continuer à affronter de sérieux problèmes. Leur sort dépend fortement de l’évolution des ventes dans notre pays et ailleurs. Le CEO de la Fondation Max Havelaar Renato Isella lance un appel aux consommatrices et aux consommateurs : « Nous vivons une période difficile et incertaine qui nous demande de faire preuve de solidarité. Solidarité entre les générations, mais aussi entre les personnes chez nous et les personnes défavorisées vivant sous d’autres latitudes. »
Le Covid-19 affecte différemment les petits producteurs Fairtrade. Les bananes et le café tirent en effet leur épingle du jeu et affichent une légère croissance depuis le début de la crise.

Droits humains : les devoirs des entreprises
La crise liée à l’épidémie de Covid-19 met cruellement en lumière l’importance des droits humains. Si les chaînes d’approvisionnement deviennent équitables, les habitants des pays en voie de développement pourront toutefois y survivre. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’ONU a élargi les droits de l’homme universels et a publié, en 2011, les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme. Après les États, les entreprises sont depuis lors tenues pour responsables du respect de ces principes. Sans compter qu’aujourd’hui, la diligence raisonnable devient obligatoire dans un nombre croissant de juridictions.

De plus en plus d’entreprises veulent établir un partenariat avec Fairtrade afin de rendre leurs chaînes d’approvisionnement plus responsables. Grâce à son réseau mondial, à ses standards, à son prix minimum, à sa prime ainsi qu’à son savoir-faire, Fairtrade apparaît comme un partenaire précieux pour les entreprises dans la mise en œuvre de la diligence raisonnable en matière de droits humains. Fairtrade apporte notamment son concours pour renforcer la transparence et la traçabilité des chaînes d’approvisionnement. Dans le secteur du cacao, par exemple, des entreprises ont commencé, en collaboration avec Fairtrade, à lancer des projets pionniers pour instaurer un salaire suffisant. En ce qui concerne l’industrie textile, Fairtrade a développé le standard textile et le programme textile et a défini des critères sociaux, écologiques et économiques applicables à l’ensemble des chaînes d’approvisionnement.

Une chaîne d’approvisionnement respectueuse des droits humains, ça peut exister ! Aux entreprises de profiter dès à présent des opportunités s’offrant à elles.

Ralentissement de la croissance
Bien que le commerce de détail suisse ait stagné l’année dernière, Fairtrade Max Havelaar a continué à se développer. Les ventes de produits Fairtrade ont augmenté de 2,5 % par rapport à l’année précédente, pour atteindre 814 millions de francs suisses.
 
Les produits Fairtrade estampillés du nouveau label blanc pour les ingrédients individuels ont connu une croissance rapide et forte, soit de 39 % par rapport à l’exercice précédent. Ce label représente déjà 16 % du chiffre d’affaires. Le chocolat a connu un essor remarquable avec une part de marché qui est passée de 7 à 12 %.

En raison de la crise mondiale liée à la pandémie de Covid-19, les prévisions de Fairtrade Max Havelaar pour l’année 2020 sont moins positives. Renato Isella, CEO de la Fondation Max Havelaar, est très clair sur ce point : « Nous comptons sur le soutien des détaillants, des grandes marques, des grands distributeurs ainsi que sur celui des consommatrices et des consommateurs. Tous ensemble, engageons-nous à long terme pour assurer le bien-être des petits cultivateurs et des travailleuses des pays en voie de développement. »

Max Havelaar en bref
L’achat de produits labellisés Fairtrade Max Havelaar permet aux familles de petits paysans et aux employés des pays en voie de développement d’obtenir un meilleur revenu et d’avoir de bonnes conditions de travail. Outre un prix stable, ils reçoivent une prime Fairtrade et profitent de conseils professionnels sur place. Une partie du produit des ventes est investi dans des projets qui profitent à l’ensemble de la communauté, comme la construction de puits, d’écoles ou d’hôpitaux.

Fairtrade Max Havelaar a été fondée en 1992 par six œuvres d’entraide, Pain pour le prochain, Caritas, Action de Carême, EPER, Helvetas et Swissaid. Des bananes du Pérou au riz d’Inde, en passant par le café d’Éthiopie, 3000 produits labellisés Fairtrade Max Havelaar sont aujourd’hui disponibles dans les magasins en Suisse. Les standards exigeants du commerce équitable en matière de culture, de droits du travail, de transformation et de commerce s’appliquent à tous ces produits.

Plus d’informations:
Luca Puliafito, porte-parole Suisse romande, l.puliafito@maxhavelaar.ch, +41 44 278 99 21
Patricio Frei, porte-parole Suisse alémanique, p.frei@maxhavelaar.ch, +41 44 278 99 17