Reportages

En visite auprès de 2000 de petits cultivateurs

Martin Blaser «Un tel voyage avec un partenaire commercial auprès des producteurs est extraordinairement enrichissant pour les deux parties. Espérons qu’il fera bientôt des émules!»
Martin Blaser

C’est en tant que responsable produits pour les bananes à la Fondation Max Havelaar que j’ai rendu visite, en septembre dernier, à «mes» organisations de producteurs de bananes en Equateur et au Pérou, pays où sont cultivées plus de 90% des bananes labellisées Max Havelaar exportées sur le marché suisse.
 
Après la visite de deux groupes de producteurs de bananes affiliés de longue date au système Fairtrade à Machala, en Equateur, j’ai pris le bus pour parcourir 350 kilomètres en direction du sud. Au terme d’un trajet de plusieurs heures à travers le nord du Pérou, avec à droite le bleu de l’océan et à gauche d’arides paysages vallonnés, le panorama s’est brusquement métamorphosé peu avant l’arrivée dans la petite ville péruvienne de Sullana. Comme dans une oasis, tout était soudain verdoyant. De denses rizières alternaient avec de petites bananeraies, souvent bordées de cocotiers. Ce changement radical de décor s’explique par l’existence d’un système d’irrigation amenant jusqu’ici de l’eau prélevée à grande distance dans des zones montagneuses à forte pluviosité de la cordillère des Andes. Cette eau est utilisée pour la culture du riz et des bananes.

On cultive des bananes depuis 40 ans dans les environs de Sullana, sur une superficie totalisant aujourd’hui quelque 4'000 hectares. Tout d’abord, ces fruits n’étaient destinés qu’au marché local, mais depuis une dizaine d’années, ils sont aussi, et de plus en plus, exportés. Les bananes de Sullana sont très demandées en Europe, car elles sont d’excellente qualité; de plus, la quasi-totalité de la production est aujourd’hui certifiée bio. Une grande partie des producteurs sont au bénéfice de la certification Fairtrade. Après de longues années de privations et de prix bas sur le marché local, c’est là une importante lueur d’espoir pour les cultivateurs.

Quelque 3'000 producteurs cultivent leur propre petite bananeraie, d’une superficie moyenne de 1,3 hectare. Depuis quelques années, presque tous ces cultivateurs sont organisés en coopératives, au nombre d’une douzaine. Une première coopérative a été certifiée il y a 7 ans. A l’heure actuelle, 10 de ces coopératives, regroupant plus de 2'000 cultivateurs, sont au bénéfice de la certification Fairtrade. Cette production Fairtrade représente un volume de quelque 50'000 tonnes de bananes par année, ce qui montre bien que les petits cultivateurs peuvent aussi devenir un facteur économique de poids lorsqu’ils s’organisent et coordonnent leur activité sur le marché.

Les liens entre les bananeros de Sullana et la Suisse sont très étroits, notamment parce que le mar-ché helvétique importe chaque semaine depuis plus de 6 ans des bananes du Pérou, de sorte que notre pays est devenu un important partenaire pour ces producteurs. La certification Fairtrade a chan-gé beaucoup de choses pour eux. Au début, il y avait surtout des cultivateurs non organisés, livrés pieds et poings liés aux caprices des exportateurs. Aujourd’hui, des coopératives autonomes exportent elles-mêmes une partie de leur production et contrôlent toute la chaîne de valeur ajoutée – de la récolte au chargement des bananes sur les navires porte-conteneurs, en passant par le délicat processus de conditionnement. Une évolution spectaculaire. La dynamique a été tellement forte que certaines compétences nouvelles des coopératives restent à optimiser. Mais l’enthousiasme suscité devrait permettre de régler cela rapidement.

Ma visite avait ceci de particulier qu’elle associait des représentants de Migros et des importateurs, de sorte que toute la filière – de la culture jusqu’à la vente en magasin – était présente sur place. La délégation de Migros voulait se rendre compte par elle-même de la situation in situ, le Pérou étant pour ce distributeur le principal pays de provenance des bananes Fairtrade bio vendues dans ses magasins. Un tel voyage avec un partenaire commercial auprès des producteurs est extraordinairement enrichissant pour les deux parties. Espérons qu’il fera bientôt des émules!