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«Le commerce équitable donne l’assurance que chacun – en particulier le producteur – reçoit ce qu’il mérite» |
| Gustavo Vallejo |
Fondation Max Havelaar: Monsieur Vallejo, pouvez-vous vous présenter brièvement?
Gustavo Vallejo: Je m’appelle Gustavo Vallejo. J’ai 42 ans, je suis marié et père de deux enfants. Nous vivons à Peribán, mon village natal, qui compte 20'000 habitants. Peribán est situé à environ une heure et demie de route d’Uruapan, une des principales villes de l’Etat fédéral de Michoacán, dans la première région productrice mondiale d’avocats. Je suis président de Pragor depuis trois ans et possède 12,5 hectares de terres, sur lesquelles mon père a planté des avocatiers voici déjà plus de 30 ans. J’ai tout d’abord étudié l’informatique à Guadalajara, puis, il y a six ans de cela, je suis revenu à Peribán. Depuis, je cultive les plantations d’avocatiers que j’ai héritées de mes parents.
Pouvez-vous nous parler de la coopérative Pragor?
Pragor a été fondée en 2001 et regroupe une septantaine de membres. Nos cultures d’avocatiers sont exclusivement biologiques. Les buts de notre association de producteurs sont de promouvoir la culture et la commercialisation d’avocats bio de toute première qualité dans notre région, de former les producteurs à la culture bio et de favoriser l’échange d’expérience. Les producteurs de Pragor sont aussi bien certifiés Max Havelaar que certifiés bio. Nos plantations d’avocatiers sont situées à diverses altitudes (de 1’500 à 2'400 mètres). Grâce à la diversité des conditions microclimatiques, à l’expérience de nombreuses générations et à un sol fertile, idéal pour cette culture (le Mexique est la patrie de l’avocat!), nous avons la possibilité de récolter toute l’année de magnifiques avocats au goût savoureux.
Pourquoi produisez-vous en qualité biologique?
Pendant des années, mon père a cultivé des melons et des concombres dans des zones où l’on pulvérisait des pesticides sans discernement, parfois au moyen d’avions. Il est mort d’un cancer du poumon, peut-être d ’avoir respiré ces produits chimiques. La vallée dans laquelle il cultivait l’avocat était autrefois l’une des plus fertiles de tout le pays. Mais la pulvérisation de produits chimiques a gravement compromis la fertilité du sol, à tel point que le volume des récoltes a baissé d’environ 90%. Les cas de cancer chez les enfants sont malheureusement en augmentation dans notre Etat, surtout dans la région du Lago de Pátzcuaro. Je pourrais citer beaucoup de raisons qui m’ont amené à la culture biologique. Mais ce qui m’a sans doute le plus décidé à faire le pas, c’est la disparition de mon père et l’expérience de mes deux sœurs, pionnières de la culture bio. Grâce à elles, j’ai fait la connaissance d’un ingénieur novateur, totalement convaincu par l’agriculture biologique. Il m’a ouvert les yeux sur les dégâts que nous causons à notre environnement et sur les solutions qui existent.
Qu’attendez-vous du commerce équitable?
Pour nos producteurs, un des gros problèmes est que la culture de l’avocat en qualité bio implique des coûts plus élevés et un volume de production plus faible, avec des fruits plus petits. Jusqu’à présent, les baisses de production n’ont pas pu être compensées par une hausse du prix de vente. Il n’existait pas de marché pour les avocats bio, ou alors, quand il y en avait un, les intermédiaires se mettaient tout dans la poche. Pour nous, le commerce équitable établit un pont entre le cultivateur soucieux de préserver l’environnement et de produire un fruit de la meilleure qualité possible, et le consommateur sensibilisé, conscient que ce qu’il paie pour un tel fruit bénéficie directement au cultivateur. Le commerce équitable donne l’assurance que chacun – en particulier le producteur – reçoit ce qu’il mérite. De plus, nous touchons une prime que nous pouvons utiliser pour réaliser des projets qui profitent à nos communautés.
Avez-vous déjà des idées sur les projets qui pourraient être financés par cette prime?
Il existe de gros besoins dans nos communes. Les principales carences se situent dans la santé, l’éducation, la disponibilité de l’eau potable, le reboisement et l’accès aux microcrédits. C’est dans ces domaines que nous voulons concentrer nos efforts.
Interview: Martin Blaser, Fondation Max Havelaar (Suisse)