14.10.2009
Malgré le prix élevé des matières premières, davantage de petits paysans souffrent de la faim dans le Sud
Depuis le crash boursier de 2008, les prix des produits agricoles cultivés dans le Sud planétaire, comme le café, le cacao, le sucre ou le riz, ont retrouvé sur les marché mondiaux un niveau bien supérieur aux prix minimums - couvrant les coûts - que garantit Max Havelaar Fairtrade par exemple. Après l'explosion des prix et la crise alimentaire qu'elle a déclenchée, les prix des denrées alimentaires se sont en effet stabilisés à un niveau élevé. Voilà qui ne peut qu'être bénéfique aux agriculteurs du Sud, est-on tenté de penser. Hélas, les chiffres du rapport 2009 des Nations Unies sur l'évolution des "Objectifs du Millénaire pour le Développement" montrent qu'il n'en est rien: le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde a fortement augmenté en 2008, tout particulièrement en Afrique subsaharienne et dans les régions densément peuplées d'Asie orientale. On estime que les trois quarts des personnes souffrant de la faim vivent à la campagne. Il s'agit souvent de petits paysans qui ne parviennent pas à nourrir leur famille.
Baisse du revenu net tiré de l'agriculture
Pourquoi donc les agriculteurs ne profitent-ils pas des prix élevés de leurs produits sur le marché? Les prix des produits agricoles sur les marchés mondiaux sont, en termes réels, beaucoup plus bas qu'il y a 20 ans. Le coût de la vie pour les agriculteurs, de même que le prix des engrais et des semences, ont considérablement augmenté durant ce laps de temps. Le revenu tiré de l'agriculture a donc énormément diminué. S'ajoute à cela le fait qu'en raison d'interventions étatiques dans les pays de production (taxes à l'exportation, monopoles d'Etat) et d'un commerce intermédiaire qui souvent exploite les producteurs, seule une petite partie de cette manne revient aux paysans. Des prix bas, au contraire, déterminent immédiatement le niveau local des prix. Les producteurs Fairtrade sont à l'abri des effets d'un effondrement des prix, mais seulement pour les volumes qu'ils peuvent effectivement écouler aux conditions Fairtrade.
Encouragement des petits producteurs et de leurs activités
Les prix élevés des matières premières ne permettent donc pas d'améliorer durablement les conditions de vie des petits cultivateurs dans le Sud de la planète. Aujourd'hui, la priorité doit être donnée, d'une part, au renforcement organisationnel des petits producteurs et, d'autre part, à l'encouragement d'une agriculture durable. Les paysans affiliés à une coopérative certifiée Fairtrade sont mieux armés pour affronter le marché mondial, si imprévisible. Ils savent ce que vaut leur marchandises et cherchent de nouveaux débouchés spécifiques. Beaucoup de cultivateurs décident par exemple de passer à la culture biologique ou bien ils diversifient leur production. Ou apprennent à tirer parti de leur sol d'une manière à la fois plus durable et plus efficace. Tant la promotion de méthodes culturales durables que le renforcement entrepreneurial des producteurs font partie des éléments clés du commerce équitable - en plus des prix minimums garantis et de la prime Fairtrade.
Malheureusement, il faudra plusieurs cycles de récolte jusqu'à ce qu'un encouragement durable à la petite agriculture ait un impact positif sur le nombre de personnes souffrant de la faim. Consommatrices, consommateurs et partenaires commerciaux ont les cartes en main pour accélérer cette évolution. Car un aliment n'est véritablement durable que si celles et ceux qui le produisent mangent aussi à leur faim.