«Pour schématiser, le commerce équitable signifie que les partenaires commerciaux ne se font pas escroquer!»
Madame Bruderer Wyss, vous vous engagez en qualité d'ambassadrice du projet Fairtrade Breakfast initié par la Fondation Max Havelaar. Quelle est votre motivation?
Ma motivation est double. Pour commencer, le commerce équitable est un enjeu pour l'ensemble la société qui me tient particulièrement à cœur. Ensuite, je crois que l'idée d'attirer l'attention sur la journée du commerce équitable en organisant des déjeuners avec des produits du commerce équitable peut porter ses fruits: c'est une invitation originale à vivre et à savourer le commerce équitable.
Le projet Fairtrade Breakfast appelle les citoyens et les citoyennes suisses à intégrer des produits du commerce équitable dans leur petit déjeuner. Madame Bruderer, que mangez-vous au déjeuner?
De préférence du muesli avec des fruits frais ou des fruits secs, du thé, tous ces produits étant d'ailleurs disponibles dans la gamme de produits du commerce équitable.
Votre fonction de Présidente du Conseil national vous confère également un rôle d'exemple. Quelles sont vos préoccupations essentielles?
J'aimerais appeler à jeter des passerelles entre les partis, entre le monde politique et la population, mais aussi et surtout entre les générations. Le respect mutuel est un élément indispensable si nous voulons réussir à créer ces passerelles. Je pense aussi que de la même façon, la promotion du commerce équitable est liée à cette notion de respect.
Comment définiriez-vous le commerce équitable?
Pour schématiser, le commerce équitable signifie que les partenaires commerciaux ne se font pas escroquer!
Chaque partenaire doit être traité avec respect et pouvoir tirer profit de la transaction. Par exemple, les paysannes et paysans ainsi que les productrices et producteurs vivant dans les pays en voie de développement sont un maillon particulièrement faible de la chaîne du commerce international. La structure coopérative du commerce équitable, ses contrats d'achat à long terme, son système de préfinancement, ses mesures éducatives et les prix minimums qu'il garantit permettent aux producteurs de faire des prévisions à long terme et d'avoir l'assurance d'écouler leurs produits.
En tant que consommatrice, je peux soutenir cette idée de manière consciente et active, en achetant les produits labellisés.
Max Havelaar fait la promotion du commerce équitable avec les pays en voie de développement. La Suisse ne pourrait-elle pas faire davantage dans ce domaine?
Il ne faut pas sous-estimer l'engagement de la Suisse. Par le passé, la fondation Max Havelaar a elle-même bénéficié d'un apport financier non négligeable de la part de la Suisse. Aujourd'hui, Max Havelaar s'autofinance.
En outre, nous continuons à soutenir les efforts du commerce équitable dans le cadre de la coopération pour le développement économique mené par le Secrétariat d'État à l'économie SECO. La Suisse est considérée comme un pionnier dans le domaine de la promotion du commerce équitable et d'autres systèmes ou standards de développement durable, que cela soit sur le plan politique par le biais des organisations faîtières World Fair Trade Organisation ou Fairtrade Labelling Organizations ou localement, dans le cadre de projets concrets de développement ou de campagnes d'information sur le commerce équitable menées en Suisse. J'espère que cela pourra motiver d'autres pays et les mobiliser pour cette cause.
Le commerce équitable est largement répandu et connu en Suisse. Au niveau mondial, la consommation reste toutefois très faible. Selon vous, dans quel domaine le commerce équitable devrait-il devenir une norme ou bien s'ancrer plus solidement?
Il est vrai qu'avec une consommation annuelle de plus de 30 francs suisses par habitant, la Suisse est championne en matière d'achat de produits issus du commerce équitable. Naturellement, ces chiffres peuvent encore être améliorés. Dans les autres pays, le commerce équitable progresse également - d'environ 50 % par an à l'échelle mondiale. Je pense que le potentiel de développement se situe en dehors du secteur alimentaire: il me semble par exemple que l'offre de jouets équitables, de bijoux équitables ou encore de tourisme équitable pourrait être significativement étendue.
Interview réalisé par Vesna Stimac, avril 2010
